Chet Baker : She Was Too Good To Me

 In Discomanie

Chet Baker : orfèvre du son

Simple et délicat, intime et mélancolique, le son de la trompette de Chet est reconnaissable entre tous. Le musicien fait en effet partie du club très fermé des musiciens identifiables dès les premières notes, tels un Miles Davis, un Stan Getz ou un John Coltrane. Qu’il joue ou qu’il chante avec sa voix de velours, Chet fut l’un des principaux représentants du mouvement West Coast, avec toujours une insondable fragilité, certains diront une pudeur, dans son approche.

Du cool jazz, encore et toujours pour ce play-boy du jazz, comme pour donner le change à sa vie tortueuse et mouvementée d’addict à l’héroïne dès sa jeunesse. Les notes sont au bord de la rupture, elles marchent sur un fil au-dessus du précipice de sa vie. C’est ce qu’il y a de magique chez lui. Sa capacité à rendre le triste sublime, spleen magnifique.

She Was Too Good To Me paraît en 1974 sur le label CTI de Creed Taylor. L’album marque le retour de Chet Baker à la scène après quatre ans d’absence, certainement pour résoudre un de ses nombreux problèmes. La majesté du Cool règne, production léchée, titres interprétés avec sensibilité par un Ron Carter, décidément omniprésent dans la production des années soixante-dix. Jack DeJohnette, Bob James et Steve Gadd, aux batteries et piano fender, s’accordent rythmiquement à merveille. Après un « Autumn Leaves » de plus – mais les musiciens ont tous voulu marcher sur les feuilles mortes les plus célèbres du monde –, ça devient sérieux, voire très sérieux ! « She Was Too Good To Me » et « Funk In Deep Freeze » sont des perles repêchées dans un océan et le son du piano Fender Rhodes, sorti de son carcan funk, semble avoir des sonorités nouvelles. J’ai une petite préférence pour « What’ ll I Do » et pour cette façon suggérée d’interpréter le thème dans « It’s You Or No One ». Magistral !

Nous avons encore tant à découvrir de ce Chet Baker qui s’évertua autant à briser sa vie qu’à interpréter sa musique avec une recherche du magnifique. Un disque indispensable aux amoureux du cool jazz !


Références

She Was Too Good To Me, Chet Baker — CTI 6050 S1 — un disque CTI Records, 1974

Chet Baker : trompette, voix | Ron Carter : contrebasse | Jack DeJohnette (tracks: B2, B3, B4) & Steve Gadd (A1, A2, A3, B1) : batterie | Paul Desmond : saxophone alto | Dave Friedman : vibraphone | Milt Jackson : vibraphone | Bob James : piano électrique | Hubert Laws : flûte, flûte alto | George Marge : flûte alto, hautbois d’amour | Romeo Penque : flûte, clarinette | Don Sebesky : arrangements, direction | Rudy Van Gelder : enregistrement | Lewis Eley, Max Ellen, Barry Finclair, Paul Gershman, Harry Glickman, Emanuel Green, Harold Kohon, David Nadien & Herbert Sorkin : violon.

Face A

  1. Autumn Leaves
  2. She Was Too Good To Me
  3. Funk in Deep Freeze

Face B

  1. Tangerine
  2. With a Song in My Heart
  3. What’ll I Do
  4. It’s You or No One

Ajout ultérieur dans l’édition 2010 en CD : My Future Just Passed

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