Les chroniques de l’Orange. Amuse-bouche

 In Les chroniques de l'Orange

Dire que le culinaire fricote avec le littéraire depuis aussi longtemps que l’écrit est compulsé et publié serait une « tarte à la crème » (sic) et de surcroît un tantinet exagéré.

Néanmoins, quand on commence à creuser un peu, il est étonnant comme tous nos écrivains français ou francophones, du plus populaire au plus confidentiel, se sont piqués de cuisine, voire de gastronomie, que ce soit à travers leurs personnages truculents, goinfres ou fins gourmets, ou en commettant quelque traité ou autre dictionnaire…

« Je vois avec plaisir que ma réputation culinaire se répand, et promet d’effacer bientôt ma réputation littéraire. Dieu soit loué ! Je pourrai donc me vouer à un état  honorable et léguer à mes enfants, au lieu de livres dont ils n’hériteraient que pour quinze ou vingt ans, des casseroles ou des marmites dont ils hériteront pour l’éternité et qu’ils pourront léguer à leurs descendants, comme je les leur aurai léguées, à eux. Or, comme il est probable qu’un jour ou l’autre je quitterai la plume pour la cuiller à pot, je ne suis point fâché de jeter d’avance les fondations du vrai monument de ma renommée. »[1]

Ainsi s’exprime, entre fausse modestie littéraire et fatuité culinaire, Alexandre Dumas dans un texte publié en 1861 dans une bien-nommée rubrique « Bric à brac » d’un recueil annonçant son ambitieux projet de dictionnaire de cuisine. De fait, si ce dernier (publié finalement en 1873) fait autorité encore aujourd’hui sous certains aspects, cette déclaration d’intention nous donne le ton de ce rapport trouble entre l’écrivain et sa cuisine, entre la littérature et la gastronomie, entre le mot et le mets.

Une relation aussi étroite qu’étrange qu’il nous plaira de disséquer ici, réservant certains textes, en cuisinant d’autres, de Huysmans à Vargas, de Montalbán à Camilleri, de Hugo à Blixen, pour le simple bonheur de goûter les textes.


[1] Dico Dumas. Le Grand Dictionnaire de cuisine d’Alexandre Dumas. Nouvelle édition illustrée et commentée. Préface de pascal Ory. Éditions Menu Fretin, Gallardon, 2008.

 

Illustration : Scott Webb / pexels.com

 

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