Numéro 1 | 2019 : Le nouveau

  1. Nouveaux sons, nouveaux mets : quoi de neuf ? par Emmanuel Desestré & Orianne Hurstel
  2. Néologismes culinaires : des mots aux mets par Nathalie Labrousse-Marchau
  3. La chasse aux disques (Record hunting) par Jason Weiss
  4. Faire du nouveau au quotidien par Emmanuel Desestré
  5. Faire du neuf avec du vieux… l’exemple de la jeune fillette par Anne Ibos-Augé
  6. L’art de l’emprunt par David Rompteau
  7. Nouveauté ou intelligence du réemploi par Orianne Hurstel
  8. Une semaine déréférencée du ventre et de l’oreille par Hounhouénou Joël Lokossou
  9. De la nostalgie du nouveau : radioscopie d’un indicatif par Florence Albrecht
  10. Olivier Greif et la nouveauté musicale par Robin Girard
  11. Le paradoxe du parallèle par Pablo Cueco
  12. Nouvelles vies par Éric Planes
  13. Déjeuner du futur par Vincent Jourdan

 

 


Nouveaux sons, nouveaux mets : quoi de neuf ?

Une nouvelle revue, ce n’est pas seulement une revue de plus, une autre revue. Il faut avouer que dans le domaine de la gastronomie, de la cuisine, de l’œnologie, de l’agriculture, du jardinage, de la lutherie ou de la musique, ce ne sont pas les revues qui manquent. Proposer une nouvelle revue est une aventure nouvelle, une aventure reposant sur une rencontre : deux individus réunis par une envie de partager, de diffuser, de mettre en relation des auteurs et d’écrire. Le ventre et l’oreille se donne pour objectif d’explorer les facettes des manières d’entendre, de manger, de fabriquer, de cultiver, mais aussi de réunir ces réflexions, de tisser des liens entre ces univers ou plutôt de les mettre en évidence… Grâce aux technologies numériques, se construit aussi une petite médiathèque pour curieux, le moins possible inféodée aux nouveautés, mais attentive à ce qui se passe autour d’elle.

Une nouvelle revue donc, pour cultiver la curiosité et pour ensemencer des réflexions par ailleurs déjà fécondes. Et pour fêter ardemment ce nouveau medium, il était opportun d’explorer ce que le nouveau apporte au ventre et à l’oreille, ou plus exactement ce qu’est le nouveau en cuisine ou en musique.

Le nouveau se niche souvent dans les détails du quotidien. C’est ce que défendent les trois premiers articles de ce numéro. En tout premier lieu, l’invention lexicale au service du plaisir culinaire. Comment enchanter la cuisine et la commensalité chaque jour, les rendre plus vivaces et plus savoureuses. Viendront ensuite les quêtes que nous poursuivons quotidiennement et qui font surgir les sons et font se matérialiser les enregistrements dont nous ignorons tout. Ici aussi, la magie côtoie nos actes les plus élémentaires : la fiction et l’imagination rendent palpable le réel. Les quêtes enfin, de tous les jours, pour trancher l’ambivalence du quotidien, tantôt voile opaque sur nos actions, tantôt levier de créativité et de nouveauté.

Le nouveau, si nous avons tendance à le voir en opposition avec ce qui précède, lui est aussi redevable. En musique, le populaire a nourri le savant et le savant le populaire, les mélodies du passé les musiques du présent, depuis le Moyen Âge jusqu’à la pop ou aux musiques électroniques. Les procédés sont variés, du contrafactum au sampling. Les compositeurs ont fait preuve d’une grande imagination pour faire du neuf avec du vieux. Manque d’imagination ? Génie du recyclage ? Intelligence de la citation ?

Le nouveau se déploie parfois dans la répétition d’un geste, d’une pratique. La répétition ritualise les moments, fructifie l’imagination et donne naissance à des mondes. L’écoute répétée d’une musique peut faire surgir en nous des sentiments inédits, en particulier lorsqu’elle est annonciatrice de découverte, de nouveauté : le générique comme le rideau d’un théâtre. Le nouveau réside également dans les sentiments renouvelés à l’écoute d’une musique singulière. L’auteur dont il est question ici réutilise sa propre matière musicale au fil de son œuvre et puise çà et là des matériaux qu’il réexploite. Expressivité d’écriture et plaisir du mélomane conjugués dans une scansion subtile. Car enfin, le caractère intrinsèquement nouveau d’une création musicale transcende les cadres idéologiques et les croyances. L’attachement à la rupture n’est pas la seule source de nouveauté. Le nouveau, c’est l’auditeur qui choisit de le reconnaître et de lui associer ou non des vertus révolutionnaires. En outre, les schèmes de pensée les plus traditionnels peuvent côtoyer les plus modernes au sein d’un même individu.

Du nouveau dans votre vie ? Parfois le nouveau confine à l’inespéré dans un creuset singulier de trajectoires et d’attentions. Quand apprendre la cuisine se conjugue avec un nouveau départ. On aimerait que certains puissent rêver leur vie future, une vie meilleure. Le fruit des politiques sociales et éducatives, pourvu que de la tête au pied le corps institutionnel se secoue la couenne, peut être d’une fécondité étonnante. Et pour finir ce déjeuner, écoutons ce que la science-fiction nous dit de notre futur culinaire : utopie ou dystopie ? Tout cela sera-t-il bien nouveau ?

La nouveauté ne se juge probablement pas à l’aune de la modernité qu’elle contient, pas plus que le moderne n’est tributaire du nouveau. Le moderne passe avec le temps, tandis que le nouveau ne s’oppose pas à l’ancien, il le dépasse tout en l’absorbant. Nul besoin d’ex nihilo pour faire du nouveau, mais plutôt une inscription dans un présent vivace, entretenu, renouvelé. Car c’est aussi la perception ou le désir qui font le nouveau, nouveau pour qui, pour quoi ? Contrairement au passé ou au futur, le nouveau n’est pas une valeur intrinsèque, mais une émanation de notre désir, de notre volonté ou de celle d’autrui.

Ce premier numéro, composé avec soin, mitonné avec amour, vous est proposé sans autre objectif que de partager le plaisir de lire ces explorations culinaires et musicales, concoctées par des plumes passionnées et altruistes.

Feuilletez à loisir, ouvrez les yeux, tendez l’oreille… Bonne dégustation !

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