Pablo Cueco : Pour la route

 In Bibliofolie

Ceci n’est pas un guide touristique

Pablo Cueco, zarbiste de son état — entendons par-là un musicien spécialiste de la percussion iranienne —, est aussi un habitant assidu des bistrots. Il n’y a rien de bien étrange à cela, le bistrot, parisien de surcroît, est un lieu où l’on peut faire une foule de choses : discuter, rencontrer, travailler, draguer, se boursoufler l’ego, écrire, s’ennuyer, mais aussi boire. Pour la route, sous-titré Paris 3e par ses comptoirs, reprend donc presque naturellement la formule iconique des zincs, celle qui accompagne la dernière tournée avant le départ… ou la dernière avant la dernière.

Consignés selon l’humeur du maestro, portraits et analyses bistrotières côtoient photographies de Milomir Kovačević et dessins du bien connu Rocco. Pablo Cueco déroule son goût pour la relation, son art de l’observation et son appétit pour la fidélité. On devine l’abondance de notes qui a présidé au choix de telle ou telle figure de quartier, dépeinte, croquée avec délice et sans appel. On sent aussi l’aisance à saisir la trame historique d’un lieu, ses changements de tenancier, d’ambiance, de public. On comprend aussi le temps long qui a permis de fréquenter tant d’endroits, d’user ses manches sur le bois des tables, sur l’étain, le zinc ou le formica des comptoirs. On navigue ainsi de perditions en naufrages, de curiosités en critiques sociales, de clivages en rencontres, de résistance en errances, de déceptions en accueil jovial.

Pour la route est un objet bien singulier, de ces livres que l’on peut triturer durant des années, de ces ouvrages qui font rire ou rappellent, à l’occasion, des virées anciennes ou des expériences de barman. Pour la route, nous fait entrer dans l’univers si proche si loin du café parisien. Car outre les qualités littéraires de l’auteur, c’est celle de son regard que jalouseraient bien des anthropologues. Et comme fréquenter les bistrots ne se ferait pas sans l’infrangible fidélité de comparses, ceux-ci rajoutent à la volée, une tendresse et une bonne dose d’exotisme.


Références

Pablo Cueco, Pour la route. Paris 3e par ses comptoirs. Qupé éditions, Paris, , 120 p, 15,00 €.

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