Nathalie Labrousse-Marchau

    Née en 1967,  je passe mes jeunes années à Châteaubriant, en Loire-Atlantique, où je commence à découvrir la science-fiction à travers les romans de Philippe Ebly et les quelques aventures SF de la collection « Signes de Piste ». Mais ce type de lecture ne figurant pas dans les habitus familiaux, et le rayon SF de la bibliothèque de Châteaubriant révélant vite ses limites, j’abandonne la littérature non mimétique en arrivant au lycée, pour me consacrer à des lectures plus académiques. Il faudra attendre ma prépa à Bordeaux, et la découverte (un peu par hasard) du livre de Guy Lardreau, Fictions philosophiques et science-fiction, pour que je m’intéresse de nouveau au genre – mais de loin, faute de temps. Après des CPGE lettres-maths-sciences sociales, durant lesquelles je passe une licence de lettres modernes, je monte à Paris pour continuer en philo, surtout parce que je me sens trop restreinte par les autres matières et que la philosophie est le seul domaine dans lequel je pourrai rester ce que je suis fondamentalement : une incorrigible touche-à-tout.

    Me voici donc à la Sorbonne, où je passe une licence de philo et logique formelle, avec un gros morceau d’épistémologie dedans, avant de passer les vacances à apprendre l’italien pour pouvoir travailler sur Giambattista Vico, sous la direction de la regrettée Hélève Védrine. Ma soutenance de mémoire se passe au café, Hélène décrétant que de toute façon, je connais Vico mieux qu’elle et qu’on ne va quand même pas s’enfermer dans une salle par une si belle journée. Je décroche le Capes la même année et je suis nommée à Nantes pour mon stage CPR (hé oui, ce n’était pas encore l’ESPE, même pas l’IUFM – en cherchant bien, on trouvait encore des dinosaures sur les plages, sous les pavés). C’est à cette époque que je découvre vraiment les grandes œuvres de littérature de l’imaginaire. Pourquoi ? Parce que je suis censée préparer l’agrég et que ça me fait suer… donc, je pioche à la médiathèque les plus gros cycles possible, histoire de pouvoir dire que je manque de temps…  La préparation des cours, vous comprenez…

    À cette époque, et sous la gentille pression d’Hélène Védrine, j’envisage un doctorat sur le thème « philo et SF ». Mais c’était sans compter avec les forces de la vie et du hasard… Je décroche l’agrég, où je suis quand même allée pour ne pas que mon tuteur me fiche (je cite) son pied au cul, et je décide de fêter ça en m’offrant, avec mes sous à moi que j’ai gagnés, un voyage à la Réunion, où ma cousine s’est installée avec son mari – prof de philo. Là-bas, de manière imprévue, il y a aussi le petit frère de mon cousin par alliance. Je le ramène dans ma valise, et pas seulement parce que c’est trop drôle d’avoir une cousine-belle-sœur et des petites cousines-nièces. Paf, mariage, trois enfants en sept ans, doctorat oublié.

    Grâce à usenet (je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans, etc.), je continue toutefois à écrire sur le sujet, et je fais connaissance de ceux qui deviendront mes amis du fandom, auteurs, graphistes, simples passionnés et, pour la plupart, nooSFériens. Sur fras (fr.rec.arts.sf), on m’appelle PrincPhi, ou Philosophe-à-tout-faire. J’écris beaucoup, sur tous les sujets, du rasoir d’Occam à la symbolique de l’eau, toujours en rapport avec l’imaginaire. Un jour, je lis une préface d’un certain Daniel Riche, je demande si quelqu’un a son mail, il me répond et devient rapidement mon meilleur ami. La seule fois où je le verrai physiquement, avant qu’il ne tombe malade, il me fera connaître « ses » auteurs, ceux qu’il a contribué à lancer quand il dirigeait la collection SF du Fleuve noir. Sans le vouloir, sans même m’en rendre compte vraiment, je deviens vaguement quelqu’un dans le milieu. Je publie des petits articles à droite et à gauche, je collabore à quelques revues, je fais des conférences à thèmes SF pour l’Université Populaire de Nantes et « Les rencontres de Sophie », je présente aux enseignants stagiaires de l’IUFM des outils pédagogiques liés à la SF – bref, je fais mon petit bonhomme de chemin.

    Logiquement, lorsque le festival Utopia, qui deviendra Les Utopiales, s’installe à Nantes, en 2000, j’y vais animer une première table ronde. Puis, de fil en aiguille, j’en dirigerai la partie pédagogique, avant de voir mon rôle décliner lorsque le festival passe en période de vacances. Pendant cette période de six ou sept ans, je conçois de nombreux jeux pédagogiques liés à la SF, que je présenterai dans les bibliothèques de la côte bretonne durant deux ans, lors des vacances scolaires. Et puis Daniel meurt. Les nouvelles que j’avais commencé à écrire (nous avions un deal : j’écrivais, il revenait dans le milieu pour me publier) sont reléguées dans un coin de mon disque dur – sans lui, je ne peux plus écrire. Finalement, ceci s’associant aux déboires du dictionnaire encyclopédique prévu par L’Atalante, que je codirigeais, à la mort d’autres amis très chers, puis à celle de mon mari, je m’éloigne du milieu pour cultiver mon Jardin (celui d’Épicure plutôt que de Voltaire), sans pour autant perdre le contact avec les gens. Je continue toutefois à participer aux colloques universitaires de Nice lorsque je suis sollicitée et, sans le confinement, j’aurais cette année pour la première fois rejoint la fine équipe de Peyresq.

    Sous la gentille pression d’Emmanuel Desestré, je rejoins la revue Le ventre et l’oreille pour me remettre à écrire, à nouveau philosophe-à-tout-faire, même si c’est pour la cause gastronomique et musicale, et non plus pour celle de l’imaginaire. Jusqu’à ce numéro 5, que l’on me demande de « rédac’cheffiser » (je sais, le mot n’existe pas, mais nous sommes en pleine science-fiction, cher lecteur, et nous avons le droit, sinon le devoir, de nous adonner à l’invention lexicale).

    Et maintenant ? Hé bien, nul ne peut dire ce que sera demain, même s’il s’intéresse à l’anticipation…

    Bibliographie sélective

    • Histoires et légendes du pays de Châteaubriant, dessin Christian Lamy, scénario Nathalie Labrousse-Marchau, Jeune Chambre économique de Châteaubriant, 1989
    • « Les Dragons dans les œuvres de l’imaginaire humain », Asphodale n° 1, 2002
    • « Laurent Kloetzer »,  Faeries n° 6, hiver 2001-2002
    • « Michel Pagel », Faeries n° 6, hiver 2001-2002
    • « Une tortue, quatre éléphants et (pour l’instant) pas de ratons laveurs », Asphodale n°2, 2003, pp. 125-132
    • « Il doit y avoir un dieu pour les traducteurs… », entretien avec Patrick Couton, Asphodale n°2, 2003, pp. 133-136
    • « Vous voulez des frites, avec ça ? », entretien avec Terry Pratchett, Asphodale n°2, 2003, pp. 137-141
    • « Terry Pratchett. Bibliographie française », Asphodale n°2, 2003, pp. 142-143
    • « Havres gris », Asphodale n°2, 2003, (notes), p.144
    • « La Fantasy, un rôle sur mesure pour le maître étalon », Asphodale n°2, 2003, pp. 146-151e
    • Terry Pratchett, Les Platines de la nuit (Turntables of the Night), traduction de Nathalie Labrousse-Marchau, Asphodale n°2, 2003, pp. 114-124 | Hidden Turnings, anthologie composée par Diana Wynne Jones, 1989
    • « La Passion », Univers & Chimères n° 2 : la Passion, juillet 2005
    • « Pour Daniel Riche », Biographie, Galaxies n° 39, printemps 2006
    • « Qu’est-ce que la science-fiction ? », Science et fictions à l’école : un outil transdisciplinaire pour l’investigation ?, Enseignement et science-fiction, n° 1, Les éditions du Somnium, 2001
    • « Utilisation d’un jeu d’uchronie dans des ateliers de réflexion sur l’histoire », Science et fictions à l’école : un outil transdisciplinaire pour l’investigation ?, Enseignement et science-fiction, n° 1, Les éditions du Somnium, 2001
    • « Deux exemples d’usage pédagogique de la SF en cours de philo au lycée », Science et fictions à l’école : un outil transdisciplinaire pour l’investigation ?, Enseignement et science-fiction, n° 1, Les éditions du Somnium, 2001
    • « Un jeu d’étymologie anticipative », Science-fiction et didactique des langues : un outil communicationnel, culturel et conceptuel, Enseignement et science-fiction, n° 2, Les éditions du Somnium, 2013
    • « De la philosophie dans le cartable. Comment faire un premier cours ? », Philosophie, science-fiction ?  (sous la direction de Florence Albrecht, Estelle Blanquet, Jean-Luc Gautero & Éric Picholle), Enseignement et science-fiction, n° 3, Les éditions du Somnium, 2014
    • « La Science-fiction comme “récréation philosophique” », Article hommage à Guy Lardreau, Philosophie, science-fiction ? (sous la direction de Florence Albrecht, Estelle Blanquet, Jean-Luc Gautero & Éric Picholle), Enseignement et science-fiction, n° 3, Les éditions du Somnium, 2014

     

    Pour les éditions M-éditer

    • Pourquoi des dystopies, décembre 2013
    • Croire : le témoin, avril 2015
    • Avons-nous le devoir de faire notre deuil ?, 2017

     

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