Les Bangers and Mash de Keith Richards

 In Recettes

Dans Life, Keith Richards nous confie la recette des bangers and mash, un de ses plats favoris, sous un titre évocateur, My Recipe for Bangers and Mash accompagné d’une description DIY [Do It Yourself, “fait soi-même”, ndlr] comme suit :

D’abord, trouve un boucher qui garantit la fraîcheur de ses saucisses. Fais revenir un mélange oignons, bacon et assaisonnement. Mets les pommes de terre à bouillir avec un filet de vinaigre, quelques oignons hachés et du sel (c’est toi qui choises ton assaisonnement). Ajoute des petits pois à tes tubercules. (Balances-y aussi des rondelles de carottes si t’en as envie.) Voilà une affaire qui roule. Maintenant, à toi de voir si tu veux faire griller tes saucisses à la poêle, au four, ou les faire frire. Dépose les bangers à feu doux dans ta poêle avec les oignons et le bacon (ou dans une poêle à froid comme nous l’a expliqué la dame de la TV en ajoutant ta préparation un peu plus tard) et fais rouler les petites joufflues en les retournant régulièrement. Écrase en purée tes pommes de terre ou ton autre frichti. Les saucisses ont maintenant rendu leur graisse (autant que possible !). Arrose de jus de cuisson épaissi ou de sauce HP — à chacun la sienne !

(librement traduit de Life, Keith Richards, p. 588, Phoenix, 2010)

Dis-nous ce que tu manges…

Le plat préféré du guitariste des Rolling Stones, seul groupe des années soixante dont tous les membres sont non seulement en vie (à part Brian Jones qui comme on sait a quitté — s’est fait jeter — du band avant de tirer sa révérence finale), mais jouent encore ensemble (à part le bassiste Bill Wyman qui comme on ne le sait parfois pas a choisi une carrière moins rock ’n’ roll dans la restauration voici quelques années), donne quelques idées sur l’origine sociale et le style of life de Keith Richards à une époque où la société anglaise était solidement divisée et la vie de rock star particulièrement éprouvante (snif-snif). Sans surprise, le clan de Keith Richards ne tapait pas (alors) le carton avec les poteaux de la Royal Family et assimilés, la saucisse-purée est un plat constitutif de la working class britannique et sa place est en tête de liste de la cuisine proposée dans les pubs.

Les bangers and mash se définissent par une autre caractéristique, le plat est indubitablement terrien – la pomme de terre et l’oignon, perles subterranéennes qui épanchent leurs vertes branches seules à l’air libre, et la saucisse, une ode au porc et à ses capacités nourricières symbolisent sans contrefaçon un aspect enracinant qui joue le contraste avec la vie de star planétaire ballottée sur les routes au gré des tournées, des enregistrements et des résidences secondaires… loin, très loin du sweet home et de tout ce qui s’y applique… bref, à nous, jet privé, gloire, palace et château en Espagne, n’empêche qu’une petite saucisse bien de chez nous ça nous remettrait le cœur à l’endroit en moins de deux ! Aujourd’hui, la cuisine feel good — évocation régressive d’une enfance à l’abri des agressions de la vie — accueille en son sein éphémère cette recette qui répertorie une liste de produits exemplaires oui, oui, la purée douce, la saucisse juteuse et les oignons caramélisés sont bien un plat de môme — de sale môme dans le cas de Keith qui n’était pas le dernier des teigneux selon la légende, mais aussi un être sensible et sacrément timide dans une autre (légende). Si la psyché de Keith Richards est une grotte trop caverneuse pour s’y aventurer au cours d’une visite éclair, il est néanmoins certain que le quidam aurait tort de se priver de ce plat de star en raison de certaines recommandations — une de plus, une de trop. Keith Richards est la preuve plusieurs fois vivante que ses saucisses l’ont maintenu en forme et que manger gras c’est bon, guitare-héros ou pas.


Illustration : Extrait de la couverture de Life dans l’édition Little, Brown and Company